Le fondateur qui ne voit pas venir sa propre transmission
- 21 mai 2025
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Dernière mise à jour : 15 avr.

Il y a une phrase que j'entends souvent, quelques mois avant qu'une transmission commence vraiment. Pas au premier rendez-vous. Au troisième, ou au quatrième — quand la confiance est suffisamment installée pour dire ce qui se dit rarement : "Au fond, je sais très bien que je devrais commencer à préparer. Mais on verra ça l'année prochaine."
Ce n'est pas de la procrastination. C'est du déni. Et le déni, dans une transmission familiale, fait des dégâts silencieux.
Ce que le déni protège
Le fondateur qui reporte n'est pas irresponsable. Il est humain. Regarder en face ce que signifie transmettre son entreprise, c'est regarder en face plusieurs réalités simultanément : la fin d'un rôle qui structurait son identité depuis vingt ou trente ans, la question de savoir si ses enfants sont vraiment prêts — et si lui, il sera capable de les laisser faire autrement, la possibilité que l'entreprise change de nature après son départ.
C'est beaucoup à tenir dans une seule conscience.
Alors on se raconte que le moment n'est pas encore venu. Que les enfants ont besoin d'un peu plus d'expérience. Que le marché n'est pas stable. Que l'été approche. Il y aura toujours une bonne raison. Et pendant ce temps, le temps passe.
Ce que le déni coûte
Dans une entreprise familiale, le déni du fondateur ne reste jamais confiné à lui seul. Il se propage.
Les successeurs potentiels voient très bien que rien ne bouge. Mais ils ne disent rien, parce qu'ils ne veulent pas brusquer. Parce qu'ils ont appris, depuis l'enfance, à ne pas mettre le fondateur en difficulté sur ce terrain-là.
Alors le système entier fait semblant. On parle de l'entreprise, de ses résultats, de ses projets. On ne parle pas de transmission. Pas vraiment.
Jusqu'au jour où quelque chose bouge — une maladie, un rachat concurrent, un conflit familial, une opportunité qui force la décision dans l'urgence — et ce qui avait été évité revient d'un coup, sans le temps ni l'espace nécessaires pour le traverser correctement.
Ce que le corps sait
Il y a quelque chose que le déni ne peut pas atteindre : le corps. Chez le fondateur qui reporte, il y a souvent une fatigue qu'on ne s'explique pas bien, une tension qui revient le dimanche soir, un sentiment diffus que quelque chose ne tourne pas rond sans qu'on arrive à nommer quoi.
Ce n'est pas anodin. C'est le vivant qui signale que quelque chose demande à être regardé. La transmission ne crée pas ces tensions. Elle met en lumière ce qui était déjà là.
Commencer sans que tout soit clair
Préparer une transmission ne demande pas d'avoir toutes les réponses. Ça demande juste d'accepter de poser les premières questions — même inconfortables, même sans réponse immédiate.
Pas besoin de dérouler tout le récit d'un coup. Juste entrouvrir la fenêtre. Savoir qu'on peut la refermer si c'est trop. Et avoir un espace où poser, sans jugement, ce que l'on n'ose pas encore nommer à voix haute.
Parce que ce qui n'est pas dit ne disparaît pas. Il attend.
Vous traversez cette question dans votre famille ? Parlons de ce passage.



